Romans pour enfants et adolescents

 

- Maryam, fille de Djibouti

Résumé

 



- Dimitra la grecque

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* Maryam, fille de Djibouti

Auteur : Jean-Pierre Robert
Illustration : Ahmed Ismaël Hamad

Livre pour enfants à partir de 10 ans
Format de poche

Editeur : COULEUR LOCALE
Année de parution : 2003
128 pages

ISBN 2-913551-06-08

Cliquez sur la page de couverture du roman pour feuilleter quelques pages : Résumé et extraits des chapitres I, III et V



 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

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CHAPITRE I (extrait)

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Romans pour enfants et adolescents

 

 

 

 

* Dimitra la grecque
Présentation

Auteur : Jean-Pierre Robert

Livre pour adolescents à partir de 14 ans

Inédit

Résumé de l'histoire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Dimitra la grecque
Présentation

Résumé de l'histoire

 

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* Dimitra la grecque
Auteur :
J-P Robert

 

Résumé de l'histoire

Célibataire endurci, Thierry de Montavent est Secrétaire général de l'Alliance française de Paris. Il tombe éperdument amoureux de Dimitra, une jeune grecque professeur à l'Institut français d'Athènes. Mais tout les sépare : la nationalité, la naissance, la religion et… les projets que nourrit, pour son fils, la baronne de Montavent. Au-delà de l'histoire d'amour, le roman fait découvrir au lecteur le monde méconnu de l'enseignement du français aux étrangers et les réalités de la Grèce profonde, encore ignorées des touristes.

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- Dimitra la grecque
Présentation

Extraits du livre
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 4
Chapitre 6

 

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* Dimitra la grecque
Auteur :
J-P Robert

Extraits du livre

Chapitre 1

 

Derrière le bar, Xénia la serveuse de l'Acropole essuyait négligemment des verres. Le regard faussement absent, elle observait à la dérobée un homme jeune qui, attablé dans un coin de la salle de restaurant, achevait de déjeuner. Il était seul. Comme tous les jours, il avait déployé devant son assiette un quotidien du matin. Mais contrairement à ses habitudes, il semblait n'accorder aux nouvelles qu'une attention distraite, l'esprit ailleurs.

" Il a l'air bizarre aujourd'hui " se dit Xénia. Le cheveu ébouriffé, le regard vide, la cravate largement dénouée étaient autant de signes qui la confortaient dans son opinion. Où était le jeune professeur posé, élégant, sûr de lui, qu'elle connaissait depuis des années ? Elle le servait avec le respect et la dévotion de l'humble servante qui admire le maître et, chagrinée, elle pensa : " Il fait pitié ! Encore une histoire de femmes !"
Elle le vit se lever pesamment, bien qu'il ait à peine touché à l'excellente moussaka de la cuisinière. Il enfila, par-dessus son costume gris clair, une gabardine couleur mastic qu'il avait suspendue au portemanteau et, son attaché case à la main, se dirigea vers la porte de l'établissement.

Pour la première fois depuis qu'il fréquentait l'Acropole, Xénia dut abandonner sa vaisselle, le rejoindre en quelques souples enjambées et lui signifier discrètement, dans un souffle et avec un sourire contrit de circonstance, qu'il avait omis de payer l'addition ! Le visage rond de son client s'empourpra, sa bouche s'entrouvrit ; il finit par bégayer un " Oh ! Excusez-moi ! " et accompagna la serveuse à la caisse. Cette formalité remplie, il reprit confus le chemin de la porte, salué d'une voix chaude par Xénia qui lui cria pour dominer le brouhaha de la salle :
" Bonne après-midi, monsieur Thierry !".

L'air frais de la rue lui fit du bien. En ce lundi 26 octobre le ciel gris de Paris larmoyait et le quartier latin, sous ce crachin, avait revêtu ses habits d'automne : les platanes perdaient leurs feuilles, les passants embarrassés de parapluies presque inutiles se hâtaient vers la station de métro ou d'autobus la plus proche sans un regard pour les vitrines de magasins qui avaient échangé leurs collections d'été pour celles de demi-saison.
Thierry releva le col de son vêtement de pluie, regarda l'arrêt d'autobus tout proche, hésita. Il avait besoin de remettre de l'ordre dans ses idées et préféra regagner son bureau à pied en remontant le boulevard Saint-Michel. A trente-six ans, le baron Thierry de Montavent était encore célibataire et ressemblait à nombre de jeunes loups qui hantent aujourd'hui les couloirs des ministères : sportif, la taille élancée, le cheveu mi-long d'ordinaire sagement peigné, l'air grave, distant mais dénué d'arrogance, l'attitude composée sans être précieuse, le costume simple mais de bonne coupe. Il aurait pu faire carrière dans la diplomatie. Tout l'engageait à choisir cette voie...

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Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 4
Chapitre 6

 

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* Dimitra la grecque
Auteur :
J-P Robert

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Chapitre 2

En ce mardi 27 octobre, Dimitra Maris s'apprêtait à quitter son appartement de la rue Kritonos, situé dans le quartier de Pangrati. Elle regardait par la fenêtre pour s'assurer du temps qu'il faisait. Le ciel était gris bleu. Dimitra grimaça :
" Encore le néphos ! Il est remonté jusqu'à Pangrati ! " dit-elle à l'intention de sa sœur, une petite brunette âgée d'une vingtaine d'années.
" Tu exagères Dimitra, le néphos monte rarement jusqu'à Pangrati ! Il va peut-être simplement pleuvoir. Tu devrais prendre un parapluie.
" Le néphos - ce nuage de pollution qui, tel une épée de Damoclès reste suspendu sur la capitale de la Grèce - est devenu la terreur des Athéniens. Plus personne n'hésite, s'il en a les moyens financiers, à quitter le centre d'Athènes pour loger en hauteur. Le centre-ville, déserté par la majorité de ses habitants, est désormais abandonné aux milliers de commerçants, businessmen, affairistes, qui, le soir venu, s'empressent de rejoindre leurs familles installées en banlieue ou dans un quartier moins pollué.
Dimitra, elle aussi, avait cédé au néphos. Après avoir habité à Patission, elle s'était réfugiée à Pangrati dès qu'elle en avait eu les moyens. Elle ne voulait plus se souvenir de ces années passées à Patission. Elle y avait vécu un début de carrière difficile alors qu'elle enseignait dans un collège du centre-ville, vivotant grâce aux leçons de français donnés dans un frontistirio voisin...
Le frontistirio est toujours pour l'étranger qui vit à Athènes un sujet d'étonnement. Etablissement d'enseignement privé reconnu par l'Etat, il accueille tous les après-midi les écoliers et les lycéens qui y viennent réviser les cours étudiés le matin dans les écoles gouvernementales...
Comme beaucoup de ses collègues, Dimitra avait abandonné le frontistirio dès que sa situation financière s'était améliorée, c'est-à-dire au moment où elle avait eu la chance d'être recrutée par l'Institut français d'Athènes. Enseigner à l'Institut est, pour tout professeur, à la fois une référence et un refuge : les salaires y sont plus élevés que dans les écoles gouvernementales, l'enseignement plus intéressant parce que s'adressant à un public plus motivé, venu chercher dans cet établissement centenaire une véritable compétence linguistique. Le déménagement de Dimitra avait coïncidé avec son entrée à l'Institut. Elle avait quitté Patission pour Pangrati, à la grande joie de ses parents, un couple de paysans mytiléniens allergique à la ville et à ses nuisances.
Dimitra était en effet fille de Lesbos, l'île la plus septentrionale de la mer Egée, située à quelques encablures des côtes turques. Victime privilégiée de l'hégémonie d'Ankara, elle ne revint à la Grèce qu'en 1913. Peu de traces rappellent aujourd'hui cette période de sujétion pourtant longue de quatre siècles. Cependant, le voyageur, curieux d'histoire qui sait observer et prendre son temps, ne manquera pas de remarquer les moucharabieh qui débordent des façades, ces balcons derrière lesquels les matrones pouvaient, sans être vues, contempler le spectacle de la rue. S'il s'enfonce dans l'île et suit la route qui longe le golfe de Géras pour le conduire dans l'arrière-pays jusqu'au village reculé de Mégalochori, il sera surpris par les braies, ce pantalon noir bouffant que portent encore quelques vieillards nostalgiques de ces temps révolus.
Mégalochori signifie littéralement le grand village mais beaucoup de ses habitants préfèrent toujours l'appeler le village brûlé en souvenir d'un terrible incendie qui ravagea au début du siècle ses maisons de bois. Perdu et perché en altitude sur la pente d'une colline d'oliviers, il semble ignoré de la majorité des touristes qui se baignent à ses pieds, à Plomari plus précisément, petite station balnéaire située en contrebas à une dizaine de kilomètres seulement.
Mégalochori, c'était la patrie de Dimitra. Comme tous les Grecs restés très attachés à leur province d'origine, elle était d'abord mytilénienne avant d'être hellène. Fille de Mégalochori, elle illustrait le mariage contre nature de la montagne et de la mer. La montagne lui avait légué le goût du secret, le repliement sur soi, une crainte instinctive des étrangers ; la mer lui avait donné en partage un esprit curieux, l'amour du voyage, la passion de la découverte. Dualisme difficile à assumer et qui la faisait paraître indéfinissable à nombre de ses collègues...

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- Dimitra la grecque
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Extraits du livre
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 4
Chapitre 6

 

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* Dimitra la grecque
Auteur :
J-P Robert

Extraits du livre

Chapitre 4

Ce fut un vendredi matin du mois de février que la nouvelle tomba. L'un des collègues de Thierry, qui devait animer un stage à l'Institut français d'Athènes, lui annonça tout de go sa défection : sa femme, prise d'un malaise cardiaque, avait été hospitalisée la veille ; il craignait le pire et ne pouvait, en conséquence, s'éloigner de Paris. Le Secrétaire général était pris de court. Il n'est pas aisé, même à Paris, de trouver, en vingt-quatre heures, un spécialiste de phonétique contrastive entre le grec et le français. Lui-même connaissait parfaitement la question, mais il se refusait à revoir la Grèce… et Dimitra !
Il eut beau se démener comme un beau diable, téléphoner dans tous les azimuts, il ne trouva personne de disponible. Le samedi, il dut réviser sa décision. Il ne pouvait pas décemment, à quarante-huit heures du stage, déclarer forfait. A Athènes personne ne comprendrait, et il risquait de ternir la réputation de sa maison. L'après-midi, malgré lui, il se retrouva sur les Champs-Elysées, dans les bureaux d'Air France. Il prenait son billet pour la Grèce...
La voix de l'hôtesse annonçant la fin du vol l'interrompit dans son travail. Il nota que le temps était beau mais la température fraîche pour un mois de février, et regretta un instant de n'avoir emporté que des vêtements de demi-saison.
Heureusement, il ne craignait pas le froid ! Un voyage agréable, la satisfaction d'avoir réussi à boucler son travail de préparation, la perspective d'un week-end ensoleillé, semblaient avoir eu raison de son appréhension à revoir Athènes. Et ce fut d'un pas résolu qu'il quitta l'avion pour gagner l'aérogare.
Il y retrouva avec plaisir l'atmosphère fiévreuse et bon enfant des aéroports méditerranéens. Les policiers au coup de tampon lymphatique ignorant la longueur des files d'attente, la foule cosmopolite et bruyante à la recherche de ses bagages, les douaniers indolents indifférents à l'agitation des voyageurs pressés de quitter les lieux.
A la sortie, un chauffeur de l'Institut, une pancarte à bout de bras portant le nom de Thierry, l'attendait. Celui-ci le rejoignit, se présenta et lui confia sa valise. Tous deux gagnèrent le véhicule diplomatique. La voiture prit la direction du centre-ville, et plus précisément celle du quartier de Pangrati où le Service culturel de l'Ambassade de France avait réservé une chambre à l'hôtel Caravel.
Le trajet prit presque une heure que Thierry mit à profit pour renouer avec une langue un peu rugueuse dont il connaissait tous les secrets, même si son inaptitude à articuler certains sons gutturaux le signalaient invariablement comme étranger à ses interlocuteurs.
Les Hellènes sont d'incorrigibles bavards et d'éternels râleurs. Habilement questionné par son passager, le chauffeur égrena, sans se faire prier, une longue litanie de jérémiades : la vie dans la capitale était désormais insupportable en raison de la cherté des produits, des bas salaires, des embouteillages et de la pollution grandissante. Le pays était devenu ingouvernable. A cause du néphos, élevé au rang de divinité infernale, chaque voiture n'a accès au centre-ville qu'un jour sur deux selon que le numéro de la plaque d'immatriculation se termine par un chiffre pair ou impair, système qui compliquait singulièrement le travail des chauffeurs comme lui. Heureusement, on l'avait logé dans un quartier encore ignoré de la pollution.
Situé à quelques centaines de mètres de l'élégant Hilton, le Caravel ne se singularise pas par son architecture. Grosse masse rectangulaire, il participe avec son béton à la défiguration de l'une des plus belles villes de l'Antiquité. La porte tambour franchie, le touriste est immédiatement séduit par le confort cossu et anglais du lourdaud palace : vaste hall meublé de profonds fauteuils de cuir, galeries de boutiques respirant le bon goût, comptoir de réception habillé de bois exotique.
Derrière le comptoir, une équipe de polyglottes - comme seule la Grèce en possède - se tient jour et nuit, polie sans être servile, à la disposition du client.
On y attendait Thierry et, les formalités d'usage expédiées, un jeune groom prit le relais du volubile chauffeur pour le conduire à sa chambre, et y déposer son bagage. Thierry, dans un geste naturel, ouvrit la fenêtre qui donnait sur un square déjà illuminé. Tout autour de la place, encore ceinturée d'acacias - un vrai luxe pour la capitale -, il apercevait les employés des restaurants s'activer dans les salles autour des feux de bois. Le spectacle le fit sourire. " Athènes restera toujours Athènes ", se dit-il. Il eut une pensée ironique pour le chauffeur de l'Institut. " Malgré la crise, la cherté de la vie, les Grecs seront encore nombreux à sortir ce soir. Ils ne se résigneront jamais à changer leurs habitudes ! ".
Il prit une douche rapide, troqua son vêtement de tweed avec lequel il avait voyagé contre un costume de flanelle plus léger, et décida de descendre prendre un métrio, c'est-à-dire un minuscule café, moyennement sucré et servi avec le marc, que les Occidentaux appellent café turc au grand dam des Hellènes qui y voient un café grec.
A la sortie de l'hôtel un air vif, sec, le piqua au visage et il releva le col de sa veste. Il n'avait pas pris sa gabardine et le regrettait. A grandes enjambées, pour se réchauffer, il gagna le kiosque du square où, derrière une pile de magazines, un vieillard disparaissait engoncé dans une canadienne, le cou entortillé dans une épaisse écharpe de laine, la tête recouverte d'une immense casquette qui ne laissait voir que des yeux fatigués.
Thierry lui acheta Apoghevmatini, le quotidien du soir, le glissa sous son bras, et se mit à la recherche d'un café de quartier, établissement souvent vieillot, bruyant, enfumé, fréquenté uniquement par des habitués et ignoré des touristes. Thierry appréciait ce genre d'endroit, dernière relique de l'authenticité locale, où l'on joue aux cartes, au jacquet, aux dominos, où une foule de besogneux au verbe haut rêve, la journée achevée, d'un monde nouveau qui, un jour, les transformera en riches armateurs. Aucun d'eux ne gagne plus de mille euros par mois, mais chacun parle de dizaines de millions !
Toujours en quête d'un café du commerce athénien, il enfila la rue Iophontos, tourna à droite. Machinalement il s'arrêta, leva les yeux. Il se trouvait rue Kritonos. Il reprit sa marche et entreprit de descendre la rue. A cette heure-là, et avec cette bise agressive, le quartier était désert. Thierry y cherchait en vain un passant qui pût le renseigner.

* * *

Soudain, une silhouette frêle se détacha de la pénombre. Une femme coiffée d'un foulard se hâtait de rentrer chez elle. Résolument, Thierry se dirigea vers elle, un sourire de circonstance sur les lèvres. Arrivé devant elle, il s'apprêtait à la héler poliment quand son regard croisa celui de l'inconnue. Son sourire se figea. Il ouvrit la bouche mais sa gorge se noua et il fut dans l'incapacité d'articuler le moindre mot !
Instinctivement, il ouvrit ses bras et la femme, pétrifiée elle aussi, s'y réfugia. La scène était surréaliste : ils étaient seuls, enlacés, étrangers à la nuit qui tombait indifférente, au vent sournois qui soufflait, uniques témoins de leurs retrouvailles.
" Dimitra ! laissa échapper Thierry.
- Thierry ! - un long moment s'écoula avant qu'elle n'ajoutât - que fais-tu, ici, dans cette rue, à cette heure ?
- Le hasard - et il ajouta en grec - i tikhi mas, notre destin !
" Il regarda tendrement la jeune femme dont les yeux brouillés trahissaient l'émotion. A cet instant, il sut qu'elle l'aimait, qu'elle n'avait jamais cessé de l'aimer malgré le long silence qu'elle lui avait imposé en ne répondant pas à ses lettres, malgré l'accueil glacial qu'elle lui avait réservé au téléphone.
Il n'osa pas lui demander où elle se pressait à cette heure-là, et préféra lui dire :
" Connais-tu un café où nous pourrions bavarder tranquillement ? -
Allons chez moi. Nous y serons plus à l'aise. J'habite tout près. " Résolument, elle leva le bras pour le passer sous le sien, et l'entraîna à quelques mètres de là, au numéro 14 de la même rue. Elle fouilla dans son cartable pour y prendre ses clés et le précéda dans l'immeuble pour allumer la minuterie.
Comme à chaque fois qu'il entrait dans un immeuble grec, même modeste, Thierry fut étonné par la magnificence du hall : sol pavé de marbre gris strié de porphyre, murs tapissés jusqu'à mi-hauteur de marbre blanc moucheté de noir. Du marbre partout. Ainsi, les bâtisseurs du XXIe siècle perpétuaient à leur façon les traditions architecturales de leurs glorieux aînés du Ve siècle avant Jésus-Christ.
Dimitra habitait au premier étage un appartement spacieux, ceinturé par deux balcons qui donnaient respectivement côté salle à manger, sur la rue Kritonos, et côté chambres, sur une cour intérieure. Cette ingénieuse disposition, commune à nombre d'appartements athéniens, permet une libre circulation de l'air les jours de canicule...

Le samedi, tôt dans la matinée, Thierry au volant d'une voiture de location, passa prendre Dimitra chez elle. Elle était déjà prête. Vêtue d'un jean et d'un pull à col roulé qui moulait son corps d'adolescente, ses longs cheveux serrés à mi-hauteur par un foulard de soie, elle rayonnait d'un bonheur tout neuf, à l'image d'un ciel pur débarrassé de tout nuage. Elle sauta dans la voiture et le couple prit la route de Thessalonique pour se rendre à Delphes.
Situé à environ deux cents kilomètres d'Athènes, ce haut lieu de l'esprit grec mériterait d'être répertorié au mince catalogue des sept merveilles du monde. C'est en effet là, sur un contrefort du Mont Parnasse que les Grecs de l'Antiquité accrochèrent un sanctuaire où Zeus, le roi des dieux de l'Olympe, parlait par la voix d'Apollon. L'immensité du site, la majesté orgueilleuse des champs de ruines, et notamment ceux du temple d'Apollon, témoignent jusqu'à aujourd'hui de l'empressement de millions de pèlerins qui, des siècles durant, y vinrent consulter la célèbre Pythie pour connaître leur avenir.
C'est ce site prédestiné qu'avaient choisi Thierry et Dimitra pour y cacher leur amour, le temps d'un week-end. Etait-ce pour renouer avec l'escapade d'Epidaure dont ils gardaient l'un et l'autre un inoubliable souvenir ? Etait-ce pour y interroger les cendres de la Pythie et renouer avec une tradition millénaire ?

Poussés par leur instinct, parent pauvre de la destinée, ils roulaient vers Delphes, heureux collégiens en rupture d'école, bien décidés à profiter de leurs vacances.

Arrivés à destination, ils choisirent de séjourner à l'hôtel Phoebos, préférant l'authenticité de ce modeste établissement au luxe ostentatoire des palaces internationaux venus troubler la quiétude d'Apollon.
Une mince pellicule de neige avait recouvert la petite ville et en confortait sa noblesse naturelle. Ce n'était que silence, beauté, majesté.
Tandis que le fils de l'hôtelier montait leur modeste bagage, celui-ci leur offrit un cognac pour les réchauffer. Tous trois choquèrent leurs verres et l'aubergiste, en paysan avisé du Parnasse pour qui les clients étaient d'abord des amis, sut trouver les mots de bienvenue qui mirent ses hôtes à leur aise.
Le déjeuner expédié, le couple chaudement vêtu partit escalader les pentes où sont essaimés les vestiges de la splendeur de la ville antique. En cette saison, les touristes étaient rares, et il leur semblait qu'Apollon lui-même n'avait ouvert rien que pour eux les portes de sa maison.
Main dans la main, insensibles au froid, ils empruntèrent la voie sacrée qui serpente à travers les sanctuaires, gagnèrent le temple censé abriter l' omphalos, ce centre du monde des Anciens qui rayonnait sur l'ensemble des pays grecs. Au moment où ils atteignaient l'emplacement du manteion - la pièce souterraine où la Pythie rendait ses oracles -, un aigle royal apparut dans le ciel, décrivit sur leurs têtes une large parabole, les salua d'un battement d'aile avant de s'éloigner en direction du théâtre. Les deux amoureux levèrent la tête, contemplèrent longuement l'oiseau de Zeus, et tous deux surent en cet instant que le maître de l'Olympe, par ce signe, leur donnait sa bénédiction. Ils se regardèrent les yeux dans les yeux, s'étreignirent et échangèrent un long baiser, répondant ainsi à l'invitation du maître du lieu, indifférents au magnifique coucher de soleil qui faisait danser des paillettes de lumière sur la neige déjà endormie.
Enlacés, ils regagnèrent l'hôtel, changèrent de vêtements et s'installèrent au salon devant une vaste cheminée où flambaient de grosses bûches d'olivier. Ils croyaient être seuls mais très vite, dans la petite pièce mal éclairée, ils distinguèrent une forme recroquevillée plus qu'assise sur un tabouret à trois pieds : une petite vieille, toute vêtue de noir, les observait à la dérobée. Personne ne parlait, et le silence ne fut rompue que par l'arrivée de la serveuse venue apporter les deux cafés qu'ils avaient commandés. Celle-ci aperçut la vieillarde, sembla vouloir lui adresser la parole - sans doute pour la chasser -, se ravisa, et sortit après avoir déposé les tasses sur la table basse du salon. Le silence retomba et le couple but le café brûlant à petites gorgées, le regard plongé dans le jeu des flammes du foyer.
Soudain l'inconnue se leva et, son tabouret à la main, s'approcha de Dimitra. Elle posa son trépied près de la jeune femme, s'y assit et le plus naturellement du monde lui demanda : " Tu veux que je lise ton avenir ? " ...

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Extraits du livre
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 4
Chapitre 6

 

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* Dimitra la grecque
Auteur :
J-P Robert

Extraits du livre

Chapitre 6

Ce même jour, en fin de soirée, Dimitra quittait le Pirée à bord du Mytilène, le fleuron de la flotte de la compagnie Nel Lines basée à Lesbos, et composée uniquement de ferry-boats.
Mélancolique, son modeste bagage posé à côté d'elle, elle observait à travers la vitre du salon de 1e classe le long serpent lumineux des véhicules qui, tous phares allumés, s'enroulait dans le ventre du monstrueux bateau. Le port de la capitale grecque grouillait d'animation.
Les ferry nationaux, véritables liens ombilicaux qui relient les îles au continent, allaient et venaient, signalaient leur départ ou leur arrivée d'un concert de sirènes, comme ils le faisaient chaque jour, indifférents à la nuit qui enveloppait Athènes et aux passagers endormis des paquebots de luxe qui faisaient escale au Pirée avant de repartir le lendemain vers une nouvelle destination.
La veille, Dimitra avait attendu en vain un coup de téléphone de Thierry. Aussi, avant son départ, avait-elle plusieurs fois essayé de l'appeler à son domicile à Paris. Peine perdue. Pour la première fois de sa vie, elle avait tenté de le joindre à l'Alliance. Sa secrétaire s'était contentée de grogner qu'il était absent depuis quelques jours et qu'elle ignorait quand il rentrerait.
" Elle a sans doute des ordres " se dit la jeune femme.
Elle s'interrogeait. Où pouvait bien être Thierry ? En déplacement à l'étranger, comme cela lui arrivait plusieurs fois par an ? ...
Lassée par le spectacle du port auquel elle était habituée depuis des années, elle descendit jusqu'au salon de la 3e classe, encore désert à cette heure, où elle prit place dans un fauteuil inconfortable. Elle plongea ensuite la main dans son sac de voyage, en sortit un mince volume, et se mit à lire.
Les passagers commençaient à arriver : mères de famille entourées d'essaims d'enfants bavards, maris encombrés de vieilles valises et de ballots colorés, grands-parents ahuris, essoufflés par les escaliers raides du navire. Ils s'agglutinaient à la porte du salon, se bousculaient, braillaient, s'injuriaient, comme si la vaste pièce était trop petite pour les accueillir tous. Dimitra attira son bagage à elle, se recroquevilla sur son siège pour échapper à ce flot humain déchaîné.
Une imposante paysanne s'assit à côté d'elle. Après avoir réussi, non sans difficulté, à caser son imposante carcasse, elle loucha en direction de sa voisine qu'elle trouvait manifestement déplacée dans ce lieu ; le livre d'abord, les vêtements ensuite. Dimitra semblait en effet détonner dans cette pauvre clientèle du bateau, composée de petites gens qui regagnaient leur île. Elle avait revêtu pour voyager un ensemble noir de velours finement côtelé qui mettait en valeur son corps gracieux. Un foulard bleu ciel emprisonnait sa lourde chevelure. Il était assorti à l'azur du pull à col roulé qu'elle portait sous sa veste et qui éclairait sa silhouette. La grosse femme ouvrit la bouche pour lui demander ingénument pourquoi elle n'avait pas loué une cabine, se ravisa et continua, les yeux grands ouverts de curiosité, à inspecter les autres passagers. Elle avait du pain sur la planche, le salon étant déjà aux trois quarts plein.
Plongée dans sa lecture, Dimitra semblait ignorer le tohu-bohu environnant. Elle y était accoutumée ; elle voyageait toujours en 3e, non par avarice mais par économie, son salaire lui suffisant tout juste à vivre décemment, et à aider sa famille dont les revenus étaient depuis toujours limités. Deux fois l'année cependant, elle s'accordait une pause dans son existence de pauvresse, courait les fins de soldes, et renouvelait sa maigre garde-robe, conservant à l'intention de sa sœur cadette qui avait la même taille qu'elle, les vêtements de la saison précédente.
Le tohu-bohu atteignit son apogée au moment précis où le bateau quitta le port : crissements des fermetures éclairs des sacs, éclatements des sachets de pommes de terre frites, explosions des capsules de bière et de coca cola, hurlements d'enfants se disputant un fruit ou un triangle de fromage, coups de gueule des parents essayant de rétablir un semblant d'ordre ! C'était l'heure joyeuse où les passagers, bien installés et assurés de partir, s'octroient un casse-croûte en guise de dîner.
Le repas achevé, on se prépara pour la nuit. On sortit des ballots les couvertures, et chacun s'entortilla dans cette literie improvisée. Dimitra obéit à la règle commune. Après avoir croqué une pomme, elle abandonna son livre, s'enveloppa soigneusement dans un plaid, et chercha le sommeil...